Christian Bobin

Quelque chose avant sa venue le pressent,
quelque chose après sa venue se souvient de lui
la beauté du monde est ce quelque chose
la beauté du visible est faite de l’invisible tremblement des atomes déplacés par son  corps en marche.

L’homme qui marche, Ed. Le temps qu’il fait, 1995 [4e de couverture]

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Celui qui chante brûle dans sa voix,
Celui qui aime s’épuise dans son amour
Le Chant est cette brûlure, l’amour est cette fatigue
Je ne vous vois ni brûlés, ni épuisés.
Vous attendez de l’amour qu’il vous comble.
Mais l’amour ne comble rien
Ni le trou que vous avez dans la tête,
ni cet abîme que vous avez au cœur
L’amour est manque bien plus que plénitude
L’amour est plénitude du manque.
C’est je vous l’accorde une chose incompréhensible
Mais ce qui est impossible à comprendre est tellement simple à vivre.

Le Très-Bas,  Gallimard | Folio, 1995 [p.117]

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Et si toute beauté pure procède de l’amour, d’où vient l’amour, de quelle matière est sa matière, de quelle nature sa surnature? La beauté vient de l’amour. L’amour vient de l’attention. L’attention simple au simple, l’attention humble aux humbles, l’attention vive à toutes vies (…).

Le Très-bas,  Gallimard | Folio, 1992  [p.25]

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