Bertrand Vergely

Un cerisier en fleur peut être le symbole du printemps et de la renaissance de la Nature, il peut également être le symbole du début du monde et de la création. Soudain la vie apparaît : nouveauté primordiale, prototype de toutes les nouveautés qui vont suivre et qui vont la  chanter, expérience spirituelle. Je contemple ce cerisier un matin de printemps et, soudain, je suis transporté. Je ne suis plus au printemps, je suis dans l’essentiel. Mieux encore, dans l’extraordinaire. Le cerisier que je contemple n’est plus un cerisier en face de moi, c’est un cerisier en moi. Il vit en moi et moi en lui. Comme je fais vivre quelque chose de lui en le regardant, en lui donnant du sens, il fait vivre quelque chose de moi : il est devenu un état intérieur, quelque chose de transcendant et non de subjectif. Etrange paradoxe : il ne me parle pas de moi, il me parle du miracle de la vie dont le miracle du printemps est l’éclat. La vie est une nouveauté, le printemps est une nouveauté. Je suis une nouveauté mais je ne le sais pas. Le cerisier me l’apprend. Entre moi et lui, entre lui et moi, il y a la nouveauté du jaillissement, le surgissement.
[p. 64-65]

Paradoxe : tout sert à la vie qui ne sert à rien, sinon à vivre, à donner le goût de vivre et à permettre ainsi de faire des choses utiles.
[p. 13]

Retour à l’émerveillement, Albin Michel, 2010

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La vie commence quand on n’attend plus rien et non quand on attend quelque chose. Car attendre quelque chose, c’est être en situation de dépendance, voire d’esclavage. L’homme libre n’attend rien et, n’attendant rien, n’est ni à l’extérieur ni à côté de la vie. Il est dedans, parce qu’il est en lui-même et non hors de lui-même, comme tous ceux qui attendent.
[p. 51-52]

Rentrons en nous-mêmes en agissant tout au long de notre vie, afin de sentir ce que nous vivons en le vivant de l’intérieur. Une transformation s’opère, la vie devient plus vivante.
Nous étions absents, nous sommes désormais présents. Nous faisons agir, alors que nous étions agis. Des profondeurs insoupçonnées se révèlent en nous, dans la vie autour de nous. Grâce à elles, nous découvrons peu à peu que nous ne sommes pas seuls au monde. Un immense courant de vie nous traverse, qui traverse toutes choses. Un courant de vie qui a commencé avant nous et se prolonge au-delà de nous. Appréhender un tel courant fait accéder à l’éternité, Tout est vivant, bien plus que nous le supposons. Une éternité de vie existe et nous fait exister.
[p.99]

La Foi ou la nostalgie de l’admirable, Le Relié, 2002

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