autres perles…

(…)Voilà tout ce que vous avez dit de la beauté.
En vérité ce n’est pas d’elle que vous parliez mais de vos désirs inassouvis,
Mais la beauté n’est point un désir mais une extase.
Elle n’est point une bouche assoiffée ni une main vide tendue,
Mais un coeur embrasé et une âme grisée.
Elle n’est point l’image que vous désireriez voir ni le chant que vous aimeriez entendre,
Elle est plutôt un chant que vous ne cesserez d’entendre, les oreilles bouchées et une image que vous continuerez à voir, les yeux fermés.
Elle n’est point la sève qui coule dans les rides de l’écorce, ni une aile saisie par une griffe,
Mais plutôt un jardin toujours en fleurs et une nuée d’anges toujours en vol.
Peuple d’Orphalèse, la beauté est la vie lorsque la vie dévoile sa sainte face ;
Mais vous êtes la vie et vous êtes le voile.
La beauté est l’éternité se contemplant dans un miroir ;
Mais vous êtes l’éternité et vous êtes le miroir”.

       Khalil Gibran
       extrait de La beauté dans ” Le Prophète”

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Notre devoir le plus impérieux est peut-être de ne jamais lâcher le fil de la Merveille. Grâce à lui, je sortirai vivante du plus sombre des labyrinthes.

Christiane SINGER, Derniers fragments d’un long voyage, Albin Michel, 2007 [p. 2]

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Quand nous disons Non d’une manière qui nous ferme à la Vie, l’Amour fait pression sur cette résistance et nous souffrons jusqu’au moment où nous pouvons nous Ouvrir.

Richard Moss, Paroles des deux mondes, Le Relié, 2006

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[...] J’ai parlé jusqu’ici du Chir ha Chirim, du Chant des Chants, Cantique des Cantiques. Comment les chants du monde mènent au chant divin. Comment à partir de cette sensibilité amoureuse, romanesques, cette sensibilité à la nature, à la beauté, à l’harmonie etc, toutes ces sensibilités-là mènent vers ce point d’orgue qui est le chant divin.
Une fois qu’on arrive au chant divin, alors ce chant divin va ensuite féconder en retour le chant humain, et le chant humain va se trouver enrichi par le chant divin; et on va s’apercevoir que dans tout chant humain il y a du divin, à condition d’être passé par le chant divin pour revenir au chant humain.
Un des grands maîtres du hassidisme, le Sefat Emeth, disait que pour accéder au chant du monde vers le chant divin sans encombre, sans être englué par le chant du monde, sans y être embourbé, on a besoin de passer par la libération de Pessah qui correspond à la sortie de son exil intérieur, de ses aliénations intérieures. Et cette délivrance des aliénations intérieures nous permettra de ne pas être englué dans les chants du monde et d’accéder véritablement au chant divin.
Ce que je voudrais aujourd’hui, à travers l’exemple du Shabbat, c’est essayer de voir comment un élément du chant divin peut être important et fécondateur du chant humain. Comment vivre une des relations avec le divin peut en retour nous ramener au chant humain et le féconder. [...]

Le Grand Rabbin Marc-Raphaël GUEDJ
Extrait d’une conférence donnée le 15.11.2010 à Genève

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C’est un « mouvement du monde » un peu spécial parce que ce n’est pas un mouvement du corps. Mais ce matin, en prenant mon petit déjeuner, j’ai vu un mouvement. THE mouvement. La perfection du mouvement. [...] J’étais donc en train de prendre mon petit déjeuner et je regardais le bouquet (de roses] sur le plan de travail de la cuisine. Je crois que je ne pensais à rien. C’est peut-être pour ça, d’ailleurs, que j’ai vu le mouvement ; peut-être que si j’avais été absorbée par autre chose, si la cuisine n’avait pas été silencieuse, si je n’avais pas été seule dans la cuisine, je n’aurais pas été suffisamment attentive. Mais j’étais seule et calme et vide. J’ai donc pu l’accueillir en moi.
Il y a eu un petit bruit, enfin un frémissement de l’air qui a fait « shhhhh » très très très doucement : c’était un bouton de rose avec un petit bout de tige brisée qui tombait sur le plan de travail. Au moment où il l’a touché, ça a fait « peuf », un « peuf » du type ultrason, seulement pour les oreilles des souris ou pour les oreilles humaines quand tout est très très très silencieux. Je suis restée la cuillère en l’air, complètement saisie. C’était magnifique. Mais qu’est ce qui était magnifique comme ça ? Je n’en revenais pas : c’était juste un bouton de rose au bout d’un tige brisée qui venait de tomber sur le plan de travail. Alors ?
J’ai compris en m’approchant et en regardant le bouton de rose immobile, qui avait terminé sa chute. C’est un truc qui a à voir avec le temps, pas avec l’espace. Oh bien sûr, c’est toujours joli, un bouton de rose qui vient de tomber gracieusement. C’est si artistique : on en peindrait à gogo ! Mais ce n’est pas ça qui explique THE mouvement. Le mouvement, cette chose qu’on croit spatiale…
Moi, en regardant tomber cette tige et ce bouton, j’ai intuitionné un millième de seconde l’essence de la Beauté. Oui [...], toutes les conditions étaient réunies : esprit vide, maison calme, jolies roses, chute d’un bouton. […) Parce que ce qui est beau, c’est ce qu’on saisit alors que ça passe. C’est la configuration éphémère des choses au moment où on en voit en même temps la beauté et la mort. Aïe, aïe, aïe, je me suis dit, est-ce que ça veut dire que c’est comme ça qu’il  faut mener sa vie ? Toujours en équilibre entre la beauté et la mort, le mouvement et sa disparition ?
C’est peut-être ça, être vivant : traquer des instants qui meurent.

Muriel BARBERY, L’élégance du hérisson, Gallimard | Folio, 2006 [p. 341-343]

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Chaque trébuchement allume une flamme de souffrance et fait comme un trouée de lumière en bas ; chaque faiblesse est un appel de force, comme si la puissance de la chute était la puissance même de l’élévation ; chaque imperfection un creux pour une plénitude ronde. Il n’y a pas d’erreurs, que des misères infinies qui nous obligent à nous pencher sur l’étendue de notre royaume et à tout embrasser pour tout guérir et tout accomplir.

SATPREM, Aurobindo ou l’Aventure de la Conscience, Buchet-Chastel, 2003 [p. 267]

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Sur la longue route qui ne peut voir son but
Insoupçonnée, la Félicité se glisse à travers les jours sceptiques…
Quand le mental corporel de l’homme sera la seule lampe,
Comme un voleur dans la nuit viendront les pas cachés
De l’Un qui entre inaperçu dans sa maison,
Une Voix mal entendue parlera, l’âme obéira
Une Puissance furtive gagnera la chambre intérieure du mental,
Un charme et une douceur ouvriront les portes closes de la vie
Et la beauté vaincra la résistance du monde,
Une lumière-de-vérité captera la Nature par surprise
A pas de loup, Dieu contraindra le cœur à la Félicité
Et la terre deviendra divine sans s’y attendre.
Dans la Matière s’allumera le brasier de l’esprit,
Dans les coeurs et les corps s’enflammera la naissance sacrée ;
La Nuit s’éveillera à l’hymne des étoiles,
Les jours deviendront une heureuse marche de pèlerin,
Notre Volonté, une force du pouvoir de l’Eternel
Et la pensée, un rayonnement du soleil de l’Esprit.
              Aurobindo

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Commencer par soi, mais non finir par soi; se prendre pour point de départ, mais non pour but; se connaître, mais non se préoccuper de soi.

       Martin BUBER, Le chemin de l’Homme, Ed. du Rocher, 1999, [4e de couverture]

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(…)   Lève-toi mon amie, ma belle, et va vers toi
Ma colombe dans le creux des rochers
Dans le secret des escarpements
Fais-moi voir ton visage
Fais-moi entendre ta voix (…)

             Cantique des Cantiques, 2, 14

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L’obscurité du monde n’est qu’une ombre.
Derrière elle, à notre portée, se trouvent une clarté, une joie ineffable.
Et nous pourrions les voir si nous savions regarder (…)

                Fra Angelico

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Le monde
est devenu
un cerisier en fleurs

                 Ryôkan (moine-zen poète 1758-1831)

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“Maître parle-nous de l’être, qu’est-ce donc  être ?”
“C’est suivre la Beauté, même si elle vous conduit au bord du précipice, et bien qu’elle soit ailée alors que vous ne l’êtes pas, bien qu’elle saute au-dessus du précipice, la suivre quand même, car où la Beauté est absente, il n’y a rien. »

                 Khalil Gibran – Le jardin du Prophète

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La joie qui ne serait pas conscience de soi serait chose inerte telle une pierre.

                   Sagesse bouddhiste

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” Le monde n’est pas un chaos. Il y a de l’ordre dans l’univers. Et il y a de la beauté dans l’univers.
D’où vient l’ordre ? D’où vient la beauté ? Personne n’ôtera de la tête de beaucoup d’êtres humains l’idée que le monde est un projet en oeuvre et qu’en dépit de tant de mal et de tant de souffrances il garde un sens caché.
La science d’aujourd’hui détruit l’ignorance d’hier et elle fera figure d’ignorance au regard de la science de demain. Dans le coeur des hommes il y a un élan vers autre chose qu’un savoir qui ne suffira jamais à expliquer un monde dont la clé secrète est ailleurs. ”

Jean d’Ormesson, C’est une chose étrange à la fin que ce monde